[09/09/2019] Christine (Carlotta)

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pak
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[09/09/2019] Christine (Carlotta)

Message par pak » 31 août 2019, 18:34

Non, cette Christine-là n'est pas la jolie allemande Gisela Uhlen dans le film dramatique Christine (Die unvollkommene liebe) d'Erich Waschneck sorti le 27/08/1941 dans la zone occupée d'une France non moins occupée. Elle n'est pas la charmante actrice allemande Christine Kaufmann du mélo Christine (Wenn die Alpenrosen blüh'n, à vos souhaits) réalisé par le duo teuton Richard Häussler & Hans Deppe, sorti le 22/10/1956 à Strasbourg mais pas à Paris (par remis des circonstances du précédent ? ). Non, ce n'est pas non plus la non moins charmante autrichienne Romy Schneider vue dans un autre mélo, le Christine de Pierre Gaspard-Huit sorti le 24/12/1958, cette fois-ci partout, même à Strasbourg.

Cette Christine-là, elle est américaine, et elle n'est pas charmante du tout du tout. Elle est toute rouge, et pas de timidité, plutôt de jalousie, et elle va faire du mal, beaucoup de mal...

Vous l'aurez compris, même si elle est bien carrossée elle aussi, c'est l'automobile maléfique issue de l'imagination de l'écrivain Stephen King, qui aime bien faire tuer les gens par des machines roulantes (rappelez-vous les camions tueurs de Maximum overdrive, sorti au début de l'année en Blu-ray chez ESC). Au début des années 1980, Stephen King est au top de sa popularité, et travaille à un rythme stakhanoviste, pondant plusieurs romans par an, battant régulièrement des records de ventes. Avant d'éditer Christine, il a déjà derrière lui des titres comme Carrie, Shining, Le Fléau, Dead zone ou Cujo, a entamé le cycle de La Tour sombre avec Le Pistolero, et a publié aussi sous pseudonyme (Rage, Marche ou crève, Running man... ), sans parler des recueils de nouvelles et de romans courts.

La plupart de ces titres sont ou seront adaptés au cinéma ou pour la télévision. L'originalité de ses histoires sont a priori une manne pour les scénaristes et les cinéastes, même si n'est pas Stanley Kubrick qui veut. Ceci dit, outre Kubrick, Brian De Palma, George A. Romero, David Cronenberg et Tobe Hooper ont déjà filmé ses histoires. La notoriété de l'écrivain est telle que les droits de Christine sont vendus avant même la sortie du livre en librairie, où il fera un carton (le roman est resté 32 semaines dans les 15 plus grosses ventes de fictions aux États-Unis, le faisant cinquième plus grosse vente du pays en 1983).

Le film est donc mis en chantier parallèlement à la carrière du livre, le tournage débute le 22/04/1983. À l'époque, John Carpenter a besoin d'un succès suite à l'échec du pourtant très bon The Thing, car en 1982, les américains et le reste du Monde ont préféré les gentils extra-terrestres positifs à ceux plus belliqueux de Carpenter, donc il a bu la tasse et un certain E.T. explose le box-office pendant ce temps-là. C'est donc plus par opportunisme que par envie que le réalisateur s'attèle à la tâche. Faire d'une voiture l'héroïne d'un film avait tout du projet casse-gueule, d'autant que généralement, le procédé est utilisé dans des comédies familiales (la série des "Coccinelle" en est le représentant le plus emblématique). Il y a bien Elliot Silverstein qui s'était essayé au jeu de la voiture satanique en 1976 avec Enfer mécanique (The Car), mais il n'y avait pas de relation entre le véhicule et les personnages, étant filmée comme un tueur en série.

Heureusement, non seulement Carpenter s'en sort très bien, mais en plus il signe l'une des meilleurs adaptations cinématographiques d'une œuvre de King, et ce, sans gros moyens et avec de l'imagination. Par exemple la scène dans laquelle la voiture se régénère après avoir été broyée. En fait, elle a vraiment été filmée en train d'être broyée, puis les images ont été montées à l'envers. Simple mais fallait y penser. D'ailleurs la voiture a consommé environ 15% du budget. Enfin les voitures puisque la production a racheté un peu plus d'une vingtaine du modèle, et seulement deux ont survécu au tournage.

L'auteur se penche surtout sur l'évolution de la relation entre le jeune héros et sa voiture, l'évolution aussi de leur personnalité, menant son film presque vers le drame psychologique plutôt que le film d'horreur, d'où un nombre limité d'effets chocs gratuits et d'hémoglobine, ce qui renforce l'intérêt du film.

Film qu'on peut désormais revoir en haute définition 4K grâce à Carlotta qui l'édite dans sa collection Coffrets Ultra Collectors (13ème titre de la collection). Il existait déjà plusieurs éditions DVD depuis septembre 1999, ainsi qu'un Blu-ray assez bien rempli sorti le 02/10/2014, le tout édité par Sony. Carlotta a donc sorti le grand jeu, hélas le prix va piquer : 49,99 € !

Pour cette somme, on aura droit à :

- l’Ultra HD Blu-ray 4K du film (en HDR10),
- le Blu-ray du film,
- le DVD du film (pourquoi ? ),
- le livre "Plus furieuse que l’enfer : le tournage de Christine" écrit par l’historien du cinéma et auteur australien Lee Gambin, contenant des entretiens, des analyses, et 50 photos d’archives exclusives (200 pages).

Les trois galettes ont en commun : les commentaires audio de John Carpenter et Keith Gordon (VOst), un teaser et la bande-annonce.

Sur les Blu-ray et DVD, on a en sus :

- Un making of en trois parties réalisé par Laurent Bouzereau (déjà présent dans le Blu-ray Sony),
- 20 scènes coupée (déjà présentes dans le Blu-ray Sony).

Et uniquement sur le Blu-ray, un module de 74 minutes nommé "Le Carosse d’Or 2019 : conversation avec John Carpenter".


Heureusement, l'éditeur a la bonne idée de sortir le Blu-ray seul avec tous les suppléments cités plus haut (sauf le bouquin) et les commentaires audio.

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Sûr que l'objet en jette...



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Dans la guerre, il y a une chose attractive : c'est le défilé de la victoire. L'emmerdant c'est avant...

Michel Audiard