Le Tigre du ciel (The McConnell Story) 1955 * War CineFaniac - Tout sur les films de guerre

Le Tigre du ciel (The McConnell Story) 1955

Note : 10 /10 (1 vote)

Pays : États-Unis (1H46) Couleurs
Réalisateur : Gordon Douglas
Acteurs : Alan Ladd, June Allyson, James Whitmore, Frank Faylen, Robert Ellis, Willis Bouchey, Sarah Selby, Gregory Walcott, Frank Ferguson, Perry Lopez, John Pickard, Dabbs Greer, Edward Platt, Vera Marshe, James Dobson
Producteur : Henry Blanke
Scénaristes : Ted Sherdeman, Sam Rolfe
Directeur de la photographie : John F. Seitz
Composition musicale : Max Steiner
Thème : Guerre de Corée, Seconde guerre mondiale, Aviation

Genre complémentaire : Biopic, Film d'aviation
Résumé : La vie et la carrière militaire de Joseph McConnell, as de l'aviation américaine...
Lieu de tournage : Californie, et différentes bases militaires américaines

Informations complémentaires : Sortie États-Unis : 29/09/1955 - Sortie France : 30/12/1955


Format : 2.55 : 1
WarnerColor
4-Track Stereo (RCA Sound System)

Sur les forums

Critiques sur le forum

Devenez membre pour ajouter votre note !

Votre collection


Merci à pak pour son aide !

Les critiques

Clichés et empathie

Posté par pak le 3/12/2017
Le début du film fait craindre le pire pour la suite, puisque celui-ci commence avec un speech très patriotique (et très années 1950), dit par un solennel général assis derrière un bureau, sérieux comme un pape, où il est question d'hommes libres vaquant à leurs occupations, de femmes faisant la même chose mais dans leur cuisine, d'enfants à l'école, et bien-sûr d'églises dans lesquelles tout bon citoyen peut prier sereinement, civils inconscients qu'ils doivent ce mode de vie idyllique et leur liberté (donc d'aller travailler, de cuisiner, d'apprendre et de prier) au sacrifice et au dévouement de quelques hommes impliqués dans un combat incessant du bien (l'Amérique) contre le mal (tout ce qui est communiste à l'époque, mais ceux qui menacent des intérêts américains feraient bien d'y réfléchir à deux fois), l'histoire du film étant celle de l'un d'entre eux.

L'officier est authentique puisqu'il s'agit du général Otto Paul Weyland, qui fut entre autres le commandant des forces aériennes des Nations Unies durant la guerre de Corée. Donc pas exactement un rigolo. Cette patriotique mise en bouche, bien que désormais désuète, permet néanmoins de poser le contexte du tournage et de la sortie de ce long-métrage. En effet, l'armistice de Panmunjeom mettant fin à la guerre de Corée fut signé le 27 juillet 1953, soit un an environ avant le début du tournage, donc autant dire que ce conflit est alors encore frais dans les mémoires et l'opinion public. Armistice qui d'ailleurs n'en est pas un techniquement, puisque la Corée du Sud ne l'a en fait jamais signé (il a été ratifié par la Corée du Nord et l'organisation des Nations Unies à laquelle n'appartient pas la Corée sudiste), ce qui signifie que les deux Corée étaient encore en théorie en guerre (ce qui est toujours valable de nos jours ! ). De plus, la première moitié des années 1950, c'est aussi la première bombe H soviétique, c'est la guerre d'Indochine, prélude à celle du Vietnam, c'est Eisenhower qui fait du développement des armes atomiques une priorité de son gouvernement... Bref, c'est la guerre froide qui s'installe, avec les tensions que cela implique, même si le décès de Staline le 5 mars 1953 apporte un semblant d'accalmie très provisoire. Dans ce contexte particulier, les États-Unis ont plus que jamais besoin de héros, pour les célébrer et les monter en exemples, mais aussi pour faire passer des messages de peur et de paranoïa anti-communistes. A l'époque (et contrairement à ce qui se passera durant les années 2000 avec l'intervention en Irak), Hollywood est suffisamment malléable pour servir de vecteur de propagande, et est encore un des médias les plus aptes à diffuser massivement ces célébrations.

Le Tigre du ciel qui nous occupe ici est donc aussi bien une œuvre de propagande qu'un biopic, ayant pour sujet central un pilote américain, et pas un des moindres puisqu'il s'agit de Joseph C. McConnell, qui, avec ses 16 victoires, fut l'as des as de l'US Air Force (USAF) lors du conflit coréen. C'est aussi une histoire vraie, donc avec les contraintes de fidélité que cela comporte, autour desquelles les scénaristes ont tenté de broder un récit plus cinématographique. On notera que l'écriture est signée Ted Sherdeman, qui venait juste de collaborer avec le réalisateur sur le film Des monstres attaquent la ville (Them ! ), et Sam Rolfe, co-scénariste de L'appât (The naked spur) d'Anthonny Mann... Les deux hommes donneront par la suite encore dans le patriotique puisque le premier écrira Brisants humains (Away all boats de Joseph Pevney, 1956) et Saïpan (Hell to eternity de Phil Karlson, 1960), tandis que le second réitérera dans le film d'aviation avec Bombardier B-52 (Bombers B-52 encore avec Gordon Douglas, 1957) avant de travailler essentiellement pour la télévision.

Il y a plusieurs aspects intéressants dans ce film, et en premier lieu son personnage principal. Homme passionné, et même obsédé par le vol, déterminé à devenir pilote malgré le contexte : hiérarchie récalcitrante, âge du bonhomme (il deviendra pilote de chasse à 26 ans et en aura 28 lorsque la guerre de Corée éclate, ce qui est relativement âgé pour l'époque), et plus tard balbutiement de l'aviation à réaction. Nous suivons donc le parcours d'un obstiné qui malgré les obstacles n'a qu'un but en tête, incarnation du courage américain qui sait plier l'échine quand il faut sans pour autant céder... On le voit, de par son comportement, le personnage est le premier symbole évident de l'imagerie américaine des années 1950.

Autre aspect intéressant, les contextes historique et aéronautique. Le tournage étant quasi contemporain de l'histoire qu'il raconte, le film a acquis une certaine patine documentaire en montrant (tout en édulcorant tout de même un peu) la transition du passage de l'hélice au réacteur dans l'armée de l'air américaine, au sein de laquelle (comme dans toutes les forces aériennes franchissant ce pas) la période fut celle des interrogations, du doute, des inquiétudes mais aussi de la fascination et d'espoirs technologiques. La guerre de Corée est le premier conflit qui voit des chasseurs à réaction s'affronter (les jets de la fin de la deuxième guerre mondiale n'en eurent pas l'occasion, puisque que seule l'Allemagne en utilisa véritablement en opération, l'Angleterre y allant sur la pointe des pieds avec leurs Meteors en les cantonnant essentiellement à la chasse aux V1, les américains n'étant tout simplement pas prêts avec leur F-80 alors pas tout à fait opérationnel après un P-59 raté, les russes et les japonais n'en étant qu'au stade du prototype). Le film s'emploie à décrire ce qu'a été cette transition : des avions rapides, mais encore utilisés en combats tournoyants à coups de mitrailleuses et de canons, le missile air-air n'étant pas encore exploitable (pour cela il faudra attendre la seconde moitié des années 1950) ; une recherche de performance dans des vitesses alors inédites où les comportements des avions étaient ou inconnus ou mal maitrisés, imposant des essais en vol de plus en plus dangereux ; un besoin urgent de l'USAF d'acquérir de l'expérience et donc d'exploiter le savoir-faire des pilotes les plus doués de l'époque (d'où le retrait des opérations de McConnell). Il y a donc une certaine rigueur historique bienvenue dans ce film malgré la proximité des évènements relatés, essentiellement dans la seconde partie du film, car on aurait aimé que ce soit aussi le cas dans la première, lors de l'évocation de la seconde guerre mondiale. Si on peut passer sur le fait que McConnell fut navigateur, non sur B-17, mais sur B-24, on tique un peu plus lors du combat contre les jets allemands durant lequel nait la fascination du futur pilote pour ce genre d'avion. En effet, il est peu probable qu'il ait pu mitrailler un Me 163 qui n'était pas fait pour louvoyer entre les box de bombardiers, étant plus un avion fusée adepte de la ligne droite (en plus, les vues montrées sont celles du vol du prototype désarmé), mieux aurait valu un Me 262, même si, je le concède, c'est là du détail surtout relevé par les fans d'aviations.

Enfin, même si c'est pour des besoins évidents de montrer l'exemplarité du couple, le parti pris des auteurs de suivre les parcours parallèles des deux époux est à relever. Car finalement, le film est moins un film de guerre (très peu de scènes de combats) qu'un drame sentimental, opposant à l'enthousiasme d'un homme qui s'est construit seul l'angoisse d'une femme qui devine sans vraiment les connaître les risques que prend son mari et les dangers de son métier. Le réalisateur revient donc régulièrement sur le personnage de l'épouse, passive dans le sens où elle subit les aléas de la carrière de son homme (ainsi adieu le doux foyer espéré pour une vie presque de nomade dépendant des affectations de ce dernier), tout en exprimant de plus en plus violemment sa peur et son espoir d'une vie plus rangée, même si elle finit toujours par accepter son sort en épouse dévouée... On notera d'ailleurs la complicité entre Alan Ladd et June Allyson, couple de cinéma certes peu glamour à l'écran, mais cela sert le propos puisque permettant une certaine proximité avec le spectateur, dégageant une impression d'authenticité. Alan Ladd, bien que visiblement trop vieux pour le rôle, en est rendu plus crédible, car finalement assez en phase avec la réalité du personnage de ce point de vue. Il a rarement été aussi bon, presque détendu. Il faut dire aussi que durant le tournage, une idylle est née entre lui et June Allyson, ce qui provoqua un mini scandale, les deux étant mariés par ailleurs, anecdote assez cocasse puisque l'actrice sortait d'une succession de rôles similaires à celui qu'elle tient dans ce film, celui de l'épouse parfaite... Mais tout rentrera dans l'ordre à l'issue du tournage...

Pour rester dans l'interprétation, il serait peu juste d'oublier de mentionner James Withmore, jouant l'ami de McConnell, aux récurrentes interventions, en oiseau de mauvaise augure malgré lui, toujours porteur de mauvaises nouvelles, solide second rôle de films de guerre (comme Bastogne, La charge victorieuse, Le cri de la victoire, Tora ! Tora ! Tora ! ... ).

Pourtant, malgré les atouts précités, il est difficile d'adhérer pleinement à ce Tigre du ciel. Déjà parce qu'à vouloir décrire un héros exemplaire, les auteurs ont fait l'impasse sur les épisodes moins glorieux de la carrière du pilote, loupant de ce fait l'occasion de séquences dramatiques ou permettant de dynamiser un peu l'intrigue. Par exemple, McConnell fut abattu durant son tour d'opération par un avion ennemi. Épisode peu glorieux, bien-sûr, et peu politiquement correct, pudiquement annoncé par un flash radio. L'impression donnée par le film est d'ailleurs une domination des airs de l'USAF. Ce qui est loin d'être si évident, et même si les scores de certains pilotes ennemis (russes pour la plupart) sont sujets à caution, il y eut aussi de nombreux as portant l'étoile rouge durant le conflit. Mais là encore, nous restons dans le « titillage » d'aéronaute en herbe.

Plus gênant, ou plutôt plus lassant, c'est ce côté positive attitude permanent affiché par le rôle principal. Toujours de bonne humeur, rebelle juste ce qu'il faut mais qui sait rentrer dans le rang, jamais en panne d'idées pour abattre les obstacles, sans l'ombre d'un doute, ou presque... Ses rares écarts sont toujours justifiés et justifiables : s'il frappe un gradé, c'est parce que celui-ci a insulté sa future épouse, s'il fait le mur de sa caserne, c'est pour tenter de rejoindre sa femme sur le point d'accoucher... Et les punitions, il les subit toujours avec un sourire béat. Le G.I. Jo idéal, parfait rouage d'un idéalisme politisé, qui finit par agacer. Son épouse est son parfait double féminin, mais en plus artificiel encore. Car si le pilote a sa passion, elle est une coque vide. On ne sait rien d'elle, ni de ses aspirations autre que celle d'avoir une belle cuisine. D'ailleurs dès leur rencontre, elle est dans une cuisine, déjà conditionnée pour être la mère au foyer modèle, sorte de repos du guerrier modernisé, d'ailleurs on a l'impression que chaque permission est l'occasion de faire un enfant de plus, enfants utilisés comme repères chronologiques, les parents ne changeant guère physiquement, puisque le récit se concentre finalement sur une durée assez courte pour un biopic, à peine une quinzaine d'années. Comme son mari, elle se rebelle régulièrement, mais rentre tout aussi rapidement dans le rang, jusqu'à l'absurde, à l'image de la scène finale où en quelques secondes et mots, elle est convertie en veuve idéale plus fière de son mari que triste de son décès. Car la réalité va rattraper le tournage du film, McConnell se tuant lors d'un vol d'essai le 25 août 1954, ce qui provoqua une modification hâtive du scénario, et obligea surtout à transformer un récit mêlant comédie sentimentale et guerre en un drame de guerre, d'où une certaine rupture de ton entre les premières scènes du film plus proches de la comédie, et la fin nettement plus mélodramatique.

Donc rien ne nous est épargné du stéréotype de l'époque : héros qui ne doute de rien, femme fidèle, quota d'enfants, coiffures impeccables et combat pour la liberté pour protéger son mode de vie, même si cela conduit à faire la guerre à des milliers de kilomètres de ce fameux mode de vie... On échappe toutefois à la vindicte anti-rouge trop lourde. Les ennemis, allemands au début, communistes ensuite, ne sont que des cibles anonymes et à peine nommées, l'accent étant mis sur l'exemplarité du parcours d'un soldat américain plus que sur le discours idéologique.

Côté réalisation, on a connu Gordon Douglas plus inspiré. La vision du film donne l'impression que le réalisateur s'est peu impliqué dans ce projet assez impersonnel. Il y a quand même de beaux passages. La tentative de McConnell de traverser une grande partie des États-Unis pour rejoindre sa femme au risque de ruiner sa carrière, la déclaration de mariage durant un match de boxe, la maison offerte au couple... Des moments qui tirent leur force d'une certaine pudeur car simplement filmés, justement interprétés, hélas trop vite noyés dans un ensemble assez terne. Comme déjà dit, il y a peu de scènes d'action, et celles du début sont assez bâclées, avec force de stock-shots. Cela s'arrange nettement pour les parties entrainement et Corée, où le technicolor (ou plutôt le Warnercolor) s'exprime pleinement. Toutefois, pour les scènes de combat entre jets, on a le droit de préférer celles de Flammes sur l'Asie (The Hunters) qui évoque le même théâtre d'opération, réalisé en 1958 par Dick Powell, qui n'était autre que... le mari de June Allyson (évidemment, ça n'a aucun rapport). Pour revenir sur l'idylle de Ladd et Allyson, l'acteur aurait téléphoné durant le tournage à Powell pour lui déclarer : « je suis amoureux de votre femme », ce à quoi, pas démonté, Powell aurait répondu : « tout le monde est amoureux de ma femme ! »...

Et l'aviation ? Passons sur les quelques civils vaguement vus et les stock-shots du début pour aller au vif du sujet. Si les séquences n'occupent qu'une petite partie du film, tout fan d'aviation sera content de voir à l'écran et en couleur des F-80C, modèle sur lequel McConnell sera qualifié, et surtout de beaux F-86F Sabre, montures de l'as en Corée (ou presque, puisqu'il eut 3 avions, un E et deux F, mais là encore, on ne va pas chipoter). Le F-86 était le chasseur américain le plus performant de l'époque, et pourtant il avait un concurrent sérieux en face de lui, le soviétique Mig 15. Celui-ci est absent du film, et pour cause, le seul exemplaire disponible fut livré par un pilote nord-coréen déserteur le 21 septembre 1953, pilote qui deviendra citoyen américain et ingénieur en propulsion thermodynamique (ne me demandez pas ce que cela signifie... ), quant à l'avion, il sera testé par des pilotes comme Tom Collins et Chuck Yeager, pour ensuite être examiné sous toutes les coutures et envoyé en 1957 au musée de Dayton, dans l'Ohio, où il est toujours visible... Bref, forcément, le Mig 15 ne courrait pas les rues. La production l'a donc remplacé par un F-84F Thunderstreak, contemporain aux protagonistes, et faisant assez l'illusion pourvu qu'on soit indulgent. Ce remplacement aurait été encore plus convainquant si la décoration de l'appareil avait été plus soignée, mais ce genre de détail a alors été jugé superflu, et donc on a droit à une robe grise mate au lieu de l'aluminium, avec en plus des étoiles rouges placées aux mauvais endroits. On verra les mêmes « ennemis » mal fagotés dans le film sus-nommé Flammes sur l'Asie, mais en nettement plus nombreux (on les reverra aussi brièvement en stock-shots dans quelques épisodes de la série des années 1980 Supercopter/Airwolf). A la fin on voit un F-86H, très proche du dernier avion que pilota notre héros. Il est à noter que les quelques scènes montrant Alan Ladd à bord d'un avion sont pour la plupart tournées en studio, l'acteur, contrairement à son personnage, détestant l'avion...

Au final, un film ni vraiment bon, ni totalement raté, tentant l'exercice périlleux de la propagande tout en ménageant l'aspect humain, ce qui donne des passages émouvants et réussis, mais aussi d'autres plus artificiels à la symbolique bien lourde. L'intérêt en devient dépendant, décroissant quand l'hagiographie se fait insistante, réveillé quand le cinéma reprend ses droits.

Mise-en-scène : 5/10
Acteurs : 6,5/10
Histoire / Scénario : 5/10
Réflexion sur la condition humaine : 4/10
Spectacle offert : 5/10
Note générale : 5 /10







The McConnell Story, Le Tigre du ciel, 1955, Alan Ladd, June Allyson, James Whitmore, Frank Faylen, Robert Ellis, Willis Bouchey, Sarah Selby, Gregory Walcott, Frank Ferguson, Perry Lopez, John Pickard, Dabbs Greer, Edward Platt, Vera Marshe, James Dobson, Gordon Douglas, cinéma, cinefaniac, action, aventures, comédie, guerre, noir, comédie musicale, western, critique, base de données, Le Tigre du ciel DVD, The McConnell Story DVD, DVD, Le Tigre du ciel critique, The McConnell Story critique, Gordon Douglas critique

© CineFaniac 2005 - 2019